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Prague et nuit au Canada

Written on: Thursday October 28th, 2010

A journal entry from: Vacances Europe 2010

Déjà à l'aéroport de Barcelone en attendant mon avion pour Prague, je me sentais pleine d'enthousiasme. Les aéroports me font cet effet là. Le reste de mon voyage allait être tout aussi le fun que le début malgré tout. La République Tchèque est le seul pays que j'ai jamais vu encore dans mon itinéraire, j'ai hâte.

Après quelques heures de retard, ils procèdent à l'embarquement. C'est là que j'ai entendu mes premiers mots tchèques, complètement incompréhensibles. En atterrissant, je suis allée à un guichet pour sortir des korunas tchèques. Le choix commence à 500, je prends 1000, en me disant que ça doit être autour de 60 $. Un billet de 1000 sort de la machine, wow, je me sens riche. Bien décidée à me rendre à l'auberge en transport en commun je me pointe à l'arrêt d'autobus. La machine à billets n'offre les indications qu'en tchèque, et semble ne prendre que des sous. L'autobus arrive et le chauffeur ne parle pas un mot d'anglais, personne autour ne semble pouvoir m'aider, mais ce que je comprends c'est qu'il n'a certainement pas de change pour une aussi grosse coupure.

Un peu perplexe je décide de me payer une navette pour ne pas arriver à l'auberge trop tard et manquer l'enregistrement. J'étais bien contente parce qu'un couple d'américains habitant Prague était dans ma navette et m'ont fait part de tous les détails à savoir. Puis le chauffeur m'a débarqué direct à l'auberge Czech Inn (haha).

Elle est vraiment chouette, c'est super grand, même dans un dortoir de 12 t'as plein d'espace. Super propre, bien organisé et neuf, et pas trop sur le party. Je m'en rends compte, je ne suis plus dans le même état d'esprit que l'an dernier. Les «jeunes» qui sortent du cégep et qui partent faire le trip des auberges jeunesses européennes en faisant le bar crawl chaque soir et qui veulent être élus rois et reines de l'auberge, ça ne m'allume plus trop. Un accueil joyeux et une ambiance amicale, c'est tout ce que je demande, mais je n'ai pas le goût de me sentir coupable si je ne suis pas au cocktail 5 à 7 barbecue karaoké pour participer à l'esprit de l'auberge. Pourtant l'an dernier j'aimais ça. Je mérite peut-être ben ma passe Eurail adulte.

Ma première journée complète à Prague était pas mal spéciale, car ma tante Rhonda est aussi en visite à Prague chez une de ses meilleures amies, qui s'adonne à être l'ambassadrice du Canada ici. C'est donc un chauffeur qui est venu me chercher à la sortie de métro, pour me mener à la résidence officielle, territoire canadien désigné! MALADE. Ce n'est quand même pas exagéré je dirais comme résidence, je n'ai pas eu le réflexe de me dire «ah ouin, pi c'est mes taxes qui payent ça?», mais c'est grand, et c'est luxueux, et c'est une méchante belle expérience à vivre.

Même si je trippe sur le protocole, sur connaître les origines de ses règles et comment les appliquer, dans la situation je me sentais complexée par tous mes gestes, et je me disais que les bonnes manières c'est stressant. On a mangé des pâtes pour diner, puis y'en a une pleine de sauce qui est tombée de ma cuillère en argent avec les armoiries du Canada sur le beau napperon blanc immaculé. Bravo Soph. Même pas capable de manger de façon civilisée! Nous étions servis à table par une aide (assez spécial quand tu es dans une maison) et je me disais qu'elle devait se dire «check la wannabe»!

Après avoir mangé, ma tante et moi sommes allées visiter le centre de la ville, un tour rapide des choses à voir. Mercredi, Ben allait arriver et je l'attendais pour faire les vraies visites. Ben, c'est l'employé du père à Tessa de cet été, qui s'adonne à être à Prague en même temps que moi, donc encore une fois j'aurai de la compagnie familière pour visiter.

Puis, de retour à la résidence, j'ai visité le jardin où des réceptions sont tenues, très joli, avec des pommiers centenaires et évidemment, des érables. Le repas du soir était moins guindé que le lunch vu que les aides ne travaillaient pas ce soir-là et on réchauffait un repas préparé d'avance. J'ai passé la soirée à regarder la collection extensive de guides de Prague de la résidence et établir la liste de ce que je voulais faire. Je me sentais comme Rory Guilmore dans Guilmore Girls quand elle va chez ses grand-parents riches, c'est cool, ça impressionne, mais t'es jamais aussi à l'aise que dans la vraie vie décontractée de citoyenne normale.

C'était tout un privilège tout de même, j'ai vraiment aimé en apprendre un peu plus sur le travail d'une ambassadrice. Malheureusement je n'ai pas pu lui parler, elle était à Bruxelles pour affaires, mais son mari a expliqué le mode de vie. Tu gères autant des différents politiques, en devant défendre les décisions du gouvernement canadien de façon diplomatique pour que ça passe auprès du gouvernement local, que des levées de fonds pour des causes locales.

Actuellement, nos positions – conservatrices – sur l'immigration, sont mal vues en République Tchèque. Et, évidemment, l'ambassadrice ne peut pas juste dire «ouin je sais ben, c'est mon boss qui est cave, qu'est-ce tu veux» (cette phrase ne représente pas nécessairement la pensée de l'ambassadrice, je n'ai aucune idée de ses opinions, mais moi c'est ce que j'aurais souvent le goût de dire si j'avais Harper comme boss en tout cas!). Elle doit adopter le discours officiel et faire en sorte qu'il passe mieux. En même temps, elle doit promouvoir une bonne image du Canada, accueillir des délégations, entretenir des relations avec les autres ambassadeurs, connaître toute l'actualité mondiale pour prévoir ses interventions en conséquence?

Honnêtement, je ne le ferais pas. Je serais trop souvent en désaccord avec ce que je dois promouvoir, et de devoir être constamment en mode protocolaire et «têteuse» pour être amie avec tout le monde, trop épuisant. C'est un peu comme si l'image du Canada au complet repose sur ta propre personnalité et tes propres gestes aux yeux de tes centaines de collègues et collaborateurs. L'image de la MRC, ça me convient pour le moment. L'idée de voyager, ça attire, mais je veux voyager librement, pas seulement être dans un pays le temps d'une réception dans un hôtel pour licher je sais pas quel diplomate. C'est ben beau la belle maison et les grandes réceptions, ça reste une job.

Après une bonne nuit dans un lit confortable, le chauffeur est allé me reconduire à l'auberge jeunesse. J'ai dit aurevoir à ma tante et je suis partie pour une mini escapade à Kutná Hora, près de Prague. La petite ville propose une église décorée avec des arrangements d'ossements humains provenant du surplus de son cimetière, un peu comme dans les Catacombes. J'ai visité avec un couple rencontré dans l'autobus, une tchèque et un hollandais, qui m'ont beaucoup aidé à me retrouver. Après l'église je suis allée voir le musée de l'argent (le métal), où tu peux descendre sous terre dans des galeries de la mine d'argent qui date du 17e siècle. Je trouvais ça le fun de comparer avec la Cité de l'Or. On se dit que les mineurs du début de Val-d'Or l'avaient rough, en 1690 c'était certainement pas mieux. Assez fou de penser que les galeries, hyper étroites, ont été creusées à la pioche par des hommes, un centimètre environ par jour!

Au retour de Kutná Hora, je suis arrivée par la station de train du centre-ville et j'avais faim, je me suis dit que je pourrais manger avant de retourner à l'auberge. Je fais le tour du bloc pour trouver un resto, et je vois un menu qui a l'air intéressant. Le resto semblait se donner une thématique préhistorique, je trouvais ça chouette, alors j'entre demander une table. Tous les serveurs étaient déguisés en Fred Caillou et Délima, et le décor était du genre caverne. Mais ce que je ne savais pas, c'est que c'est un resto-théâtre. Dès qu'ils m'ont attribué une table, ils ont fermé les lumières, et se sont mis à jouer du tam tam et jouer leur rôle d'hommes des cavernes. Tout le monde était en groupe, j'étais toute seule assise à ma table en plein milieu de leur histoire et je comprenais rien. C'était une belle soirée spontanée, les tchèques riaient de moi, mais j'ai eu ben du fun. J'ai aussi été assez surprise de voir mon assiette arriver, j'avais choisi du porc, mais je ne m'attendais pas à une portion de viande préhistorique, j'avais le genou de porc au complet!

Le lendemain, je suis allée faire du lavage à la buanderie, puis j'ai accueilli Ben à l'auberge, qui venait tout juste d'atterrir en sol européen. C'était cool de le voir si enthousiasmé comme on l'est dans un premier voyage en milieu inconnu, ça m'a rappelé toute la chance que j'ai d'être là aussi. Au moins 15 fois qu'il s'est exclamé «wow, je suis à Prague» lol.

Même avec le décalage, il m'a suivi toute la journée pour voir toutes les choses qu'il y avait sur ma liste. Manger dans la place Staroměstské náměstí , où il y avait un petit marché d'automne avec des hot-dogs à la saucisse kolbasa sur le bbq, des méchantes bonnes patates à l'ail et aux oignons sur le feu et des Trdelnik, genre de beigne, mais meilleur, chaud et croustillant. Puis, voir l'horloge astronomique sonner à 16 h; ensuite monter dans la tour pour voir Prague de haut. Puis, par hasard, on passe devant un méchant beau building et on se demande c'est quoi. Ça s'adonne à être le théâtre national de Prague. Ben se dit que ça serait cool de voir un show. Par curiosité, on va voir si quelque chose a lieu ce soir là. L'opéra de Carmen est présenté 3 heures plus tard, et les sièges les moins chers sont l'équivalent de 5 $! Fac on y va!

Rien que d'être dans la place on se sent plus culturés! Hehe. Mais en fait on est des amateurs parce qu'on a vraiment failli partir à l'entracte. Ça dure presque 3 heures l'opéra de Carmen! Dans le noir, à regarder en bas du dernier balcon, avec du décalage horaire pour Ben et de la fatigue accumulée pour moi, ça devient assez vite endormant le dialogue de base d'un opéra. Par principe, on est restés jusqu'à la fin, en se disant, wow, Mozart a déjà foulé les planches de l'édifice. Faut comprendre qu'un opéra écrit pour divertir des gens en 1875, c'est moins captivant pour un public né dans les années 1980.

Ça reste une belle expérience, l'air froid en sortant nous a assez réveillé pour aller au Pivovarsky Dum, une brasserie praguoise qui offre un plateau d'échantillons de toutes ses bières, comme à la Barberie. Malheureusement, pour plusieurs bières, le goût donnait l'impression que c'était de la bière mélangée à un sirop à saveur artificielle. La seule qu'on a refusé de finir est la bière aux bananes. Ça goutait le bonbon aux bananes fermenté. Pour faire passer la bière avant de dormir on arrête à une pizzeria qui fermait quand on est arrivés. Ils nous ont quand même invités à entrer manger, puis quand on leur a posé des questions sur les boissons tchèques, ils nous ont fait goûter aux plus connues, le Slivovice, genre d'eau de vie aux prunes, et le Bechevorka. Ben était tout heureux de son expérience, émerveillé devant l'accueil des gens. Ça m'a rappelé que je ne m'émerveille pas assez, pas autant que dans mon dernier voyage. C'est beau à voir le bonheur de l'aventure!

Après une bonne nuit de sommeil, on se lance pour se perdre un peu dans Prague, trouver le mur John Lennon et le pont Charles et le «château de Prague», qui est en fait un ensemble de bâtisses et une cathédrale. Pour souper, je voulais manger de la goulash, alors on a demandé à des locaux de nous indiquer où en manger de la bonne hors des sentiers touristiques. Ils nous ont envoyé au U Fleků, parfaite expérience de brasserie tchèque. Ouverte depuis 1499, avec la même recette d'excellente bière noire, on y a mangé de la bonne goulash au son d'un accordéoniste et d'un joueur de tuba, live.

Ça a merveilleusement bien terminé ma soirée juste avant de laisser Ben à l'auberge pour aller prendre mon train de nuit vers la Slovénie.

Le vidéo des directives de sécurité dans l'avion vers la République Tchèque est joué sur de la musique style film de cul cheap, ce qui donne un air pas catholique aux hôtesses de l'air et aux figurants. 

Brasserie U Fleku à Prague.